Soutien à Colin KAEPERNICK

MENACES DE MORT ET INSULTES

APRÈS LA DÉCLARATION DE COLIN KAEPERNICK

APPELANT À LA LIBÉRATION DE MUMIA ABU-JAMAL

Depuis la conférence de presse sur Mumia Abu-Jamal ce 16 novembre 2020 à Philadelphie, les syndicats policiers de droite dominés par l’Ordre Fraternel de la Police, proche du KKK, se déchaînent contre la déclaration faite par le footballeur Colin Kaepernick. Ce sportif mondialement connu, depuis qu’il a mis genou à terre en 2016 pendant l’hymne national américain pour protester contre les brutalités policières racistes aux USA, s’est vu privé de tous ses contrats à la suite de ce geste.

La veuve du policier dont la mort fut attribuée à Mumia par une justice raciste aux ordres de l’exécutif, est sortie de son silence accompagnée de son mari actuel, pour faire savoir qu’ils cherchaient à rencontrer l’athlète pour le mettre « sur le chemin de la vérité ». Toute la droite qui vient de surcroît de perdre la Maison-Blanche, voit d’un mauvais œil qu’une personnalité de la stature de Colin Kaepernick sorte le cas Mumia Abu-Jamal de l’ombre et du secret où elle croyait l’avoir définitivement enfermé.

Colin Kaepernick est lynché sur les réseaux sociaux : insultes racistes, incitations à la violence, accusation de terrorisme, appels à décapitation à l’égard des militants du mouvement pour la libération de Mumia.

En France, nous, familles et amies des victimes tuées, blessées et mutilées, par les forces de l’ordre, nous associons à Colin Kaepernick pour exiger la libération immédiate du journaliste d’investigation Mumia Abu-Jamal, persécuté pour avoir été lanceur d’alerte et accusé comme tant d’autres d’un crime qu’il n’a pas commis.

Mumia Abu-Jamal est emprisonné depuis 39 ans, dont 30 en isolement dans le couloir de la mort, pour avoir fait son travail en dénonçant la corruption de la police et les crimes policiers à l’encontre de la communauté noire dans la ville de Philadelphie. …C’est ce que le mouvement militant s’efforce également de faire en  France : recenser les victimes, démasquer les mensonges, combattre les violences policières, mettre en lumière sa dimension raciste, dénoncer les lois et pratiques liberticides.

Pour faire taire la résistance, le gouvernement des USA a procédé à des emprisonnements de masse à partir des années soixante, et dans les années quatre-vingt a eu recours, en pleine ville de Philadelphie, avec des explosifs militaires, à un bombardement de la communauté pacifiste MOVE, laissant sciemment un incendie géant détruire tout un quartier.

Les menaces qui pleuvent sur Colin Kaepernick illustrent le maintien depuis plus d’un demi-siècle de la répression des militants des droits civiques aux USA. De l’assassinat politique à l’emprisonnement politique à vie, en passant par l’exil.

SOUTIEN A COLIN KAEPERNICK,

LIBERTÉ POUR TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES HISTORIQUES DES USA,

FREE MUMIA ABU JAMAL !


CAMPAGNE INTERNATIONALE

Un mail pour exiger la libération de Mumia

Au Gouverneur Tom WOLF

à John WETZEL Secrétaire d’État aux Affaires Pénitentiaires de PENNSYLVANIE

à Larry KRASNER Procureur de PHILADELPHIE

En français :

Mr,

Nous exprimons notre inquiétude face à l’épidémie COVID-19 dont la contagion a franchi les portes de la prison de Mahanoy.

Nous demandons la libération immédiate de Mumia Abu-Jamal et de tous les prisonniers âgés et malades car leur maintien en détention les expose à la mort.

Nous exigeons qu’ils bénéficient d’un geste humanitaire comme cela s’est déjà produit dans plusieurs états américains, y compris en Pennsylvanie.

Merci.

En anglais :

Sir,

We express concern at the COVID-19 pandemic whose contagion has passed through the door of Mahanoy Prison.

We demand the immediate release of Mumia Abu-Jamal and all elderly and sick prisoners as their detention exposes them to death.

We require that they should benefit from compassionate relief as it already happened in several american states, including Pennsylvania.

Thank you.

Newyork tribune 1899

signez la pétition

Sécurité globale pour les forces de l’ordre, insécurité totale pour tous

Avec la proposition de loi Sécurité globale, le pouvoir a choisi de censurer la diffusion d’images des agents de la force publique pour mieux nier leurs violences. Mais au-delà, ce texte autorise une société de surveillance à laquelle nul n’échappera. Quel est cet État de droit où la police se dissimule et réclame d’étendre ses privilèges, tout en restreignant les droits de chacun et de tous ?

 

« Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » Par cette déclaration, le président de la République avait déjà affirmé, le 7 mars 2019, son déni complet d’une dégradation continue des pratiques policières, alors que son mandat a vu se multiplier comme jamais les blessures graves, les mutilations et les décès liés aux interventions des forces de l’ordre.

La proposition de loi Sécurité globale portée par des députés du parti présidentiel pour, entre autres, interdire de fait la diffusion des images de forces de l’ordre en exercice n’est donc pas une surprise.

Le 30 janvier dernier, trois semaines après le meurtre de Cédric Chouviat, le chef de l’État avait récidivé : « Je récuse le terme de violences policières, la violence est d’abord dans la société. » Dans les enregistrements audio et vidéo de son agonie, Cédric répète sept fois « J’étouffe ! » avant de succomber sous l’étreinte des policiers. Des fonctionnaires assermentés qui se concerteront pour établir une déclaration mensongère, désavouée plus tard par ces mêmes enregistrements. Et tout juste nommé ministre de l’Intérieur en juillet dernier, Gérard Darmanin avait choisi l’outrance et l’ignominie pour s’esclaffer devant la commission des lois : « Quand j’entends le mot de violences policières, personnellement, je m’étouffe. »

Cette détermination à étouffer la voix des victimes, à les insulter et à invisibiliser les violences policières n’est pas une surprise. Mais à l’heure où la classe politique revendique une fermeté absolue pour défendre la liberté d’expression, cette volonté affirmée de censure à l’encontre de la liberté d’informer manifeste un paradoxal et sérieux recul des libertés publiques.

Pour nous, familles de victimes et blessé.e.s, le coup est direct. D’Aboubacar Fofana à Cédric Chouviat, le développement des vidéos ces dernières années a été l’unique moyen de réduire à néant les prétextes de « légitime défense » des fonctionnaires mis en cause et d’innocenter des plaignants confrontés à des accusations policières mensongères. Disposer de témoins contredisant la version officielle, comme dans le cas de Wissam El-Yamni, ne suffit pas.

Les vidéos c’est également le combat des familles comme celles de Gaye Camara et d’Ibrahima Bah qui réclament, en vain, l’accès aux enregistrements des caméras de surveillance que la justice leur refuse obstinément. Mais surtout, brandir un portable pour filmer une situation tendue avec des policiers dans nos quartiers est devenu une garantie pour éviter que cela dégénère. Au-delà de la censure, c’est aussi à la pratique d’une autodéfense populaire pacifique contre les violences des forces de l’ordre que s’attaque l’État… de droit.

Cependant, cette proposition de loi ne se limite pas à organiser la dissimulation du comportement des forces de l’ordre. Elle instaure aussi le déploiement massif des caméras-piétons avec possibilité pour leurs porteurs de supprimer les images gênantes ; la démultiplication des caméras-drones dans un fourre-tout juridique qui autorise le partout, tout le temps – et leur utilisation par des services de sécurité toujours plus nombreux – ; la généralisation des expériences de reconnaissance faciale, le développement des marchés de la sécurité privée… Et pour achever le tout, une nouvelle extension d’autorisation du port d’arme pour les policiers, en tout lieu et en dehors des heures de service. Si on n’est pas sur la voie d’un totalitarisme c’est rudement bien imité.

Depuis la révolte des quartiers populaires de l’automne 2005, toutes les lois sécuritaires adoptées n’ont cessé d’étendre le champ juridique de l’impunité policière. Et donc de permettre la répétition des actes illégitimes commis sous uniforme, leur permanence et leur aggravation. En parallèle, on assiste à la militarisation croissante des équipements policiers et à la légalisation progressive de pratiques d’intervention auparavant illégales. Cette détérioration s’est accrue par les procédures de l’état d’urgence de 2015, pérennisées dans le droit commun en 2017, qui se doublent à présent des mesures d’exception de l’état d’urgence sanitaire.

Les violences du confinement du printemps sont encore dans nos mémoires, tout comme l’extraordinaire et historique mobilisation pacifique et spontanée de dizaines de milliers de jeunes à l’appel du comité Adama Traoré en juin dernier. En hommage à George Floyd (encore une vidéo à interdire) et pour dénoncer le racisme et les violences policières dont ils sont quotidiennement témoins et victimes ici, en France. Mais quelques jours plus tard, la grande manif des soignants qui réclamait « plus de fric pour l’hôpital public » s’achevait par « tout le monde déteste la police », en réaction aux agressions des forces de sécurité. Et  aujourd’hui, ce sont des ados qui se font gazer, matraquer et tabasser devant leurs lycées dont ils dénoncent les conditions sanitaires.

Il est plus que temps de sortir de cette spirale sans fin. Ce n’est pas seulement l’article 24 de la proposition Sécurité globale qui est à retoquer, c’est l’ensemble de ce texte et toute la philosophie de cette loi qui est à rejeter. Celle d’un monstre juridico-policier qui légitime la dissimulation des agents de la force publique, pour mieux organiser la surveillance et l’identification permanente tous et de chacun.e. Tous suspects pour la sûreté de l’État.

Ce n’est pas non plus en répétant « police républicaine » en boucle que l’on supprimera l’impunité des propos et actes racistes massifs et répétés au sein des forces de l’ordre ni le maintien en exercice des agents mis en cause dans des homicides ou des violences illégitimes.

Quelle est cette police qui se cache ?

Le port de cagoules et de lunettes noires s’est généralisé ces dernières années parmi les policiers et gendarmes en exercice. Depuis 2018, tous les agents enregistrant les plaintes et les mains-courantes sont autorisés à s’anonymiser via leur numéro RIO. Le même RIO dont le port est obligatoire mais qui est pourtant systématiquement occulté.

Quels sont ces « dépositaires de l’autorité publique » qui voilent leur visage et exigent la dissimulation de leurs propos et actes dans l’espace commun ? Quel est cet ordre dont les forces réclament de changer les lois de l’État de droit pour accroître leurs privilèges et restreindre les droits de la population ?

Aujourd’hui, il est urgent de contrer l’autoritarisme débridé et la société de surveillance promus par cette proposition de loi Sécurité globale. Mais il est tout aussi prioritaire de rompre avec les options sécuritaires désastreuses des quinze dernières années qui n’ont fait qu’exacerber les violences qu’elles sont censées réduire. La question policière, la gestion de l’ordre public et le choix de la désescalade doivent s’affirmer dans les priorités des acteurs d’une alternative politique, écologique et sociale.

De quelle police avons-nous besoin ? Notre sécurité ne dépend-elle que de la police ? Quelle volonté politique et quelles garanties judiciaires permettront la fin de l’impunité des violences policières et la défense des droits des victimes blessées, mutilées ou tuées ? Restrictions sur la liberté d’expression, la liberté d’information, la liberté de circulation… De quelle démocratie parlons-nous ? Quel rôle y occupent les forces de l’ordre ?

Arrêtons de recruter toujours plus de policiers et gendarmes, de vouloir « mettre du bleu dans les rues ». S’il y a des emplois publics à financer, affirmons l’impérative réorientation de l’action publique avec le déploiement prioritaire de moyens et de personnels pour le Logement, l’Éducation et la Santé dans nos territoires abandonnés par la République.

C’est pourquoi nous invitons chacun.e et tous les acteurs associatifs, syndicaux et politiques à soutenir et enrichir la voie de la désescalade et contre le déni de justice, à partir des premières revendications suivantes, complétant celles que nous avions adressées à la Défenseure des droits, le 5 août 2020.

POUR LA DÉSESCALADE, nous exigeons :

  • la mise en place d’un récépissé qui oblige les agents à justifier les contrôles d’identité qu’ils opèrent. La cour de Cassation a définitivement condamné l’État en 2016 pour les contrôles au faciès et pourtant ils perdurent.
  • la suppression du délit d’outrage et rébellion. Pour en finir avec les procédures abusives, le harcèlement quotidien et le « business des outrages ».
  • l’abrogation de l’article « Permis de tuer » L435-1 de la loi de sécurité intérieure du 28 février 2017 qui assouplit considérablement l’autorisation de tuer pour « légitime défense ».
  • l’interdiction des techniques d’immobilisation par étouffement : plaquage, pliage et clé d’étranglement.
  • l’interdiction des armes classées armes de guerre (LBD et grenades) et les pistolets électriques, par la police du quotidien comme lors des manifestations.
  • l’interdiction des parechocages et des courses-poursuites pour une infraction.
  • la suppression de l’usage massif des gaz et des encagements systématiques en maintien de l’ordre.
  • la mise en place de caméras dans les véhicules des forces de l’ordre.

CONTRE LE DÉNI DE JUSTICE, nous exigeons : 

  • la création d’un organe indépendant pour enquêter sur les plaintes pour violences commises par personne dépositaire de l’autorité publique.
  • le dépaysement systématique des affaires judiciaires traitant ces mêmes plaintes, sur le modèle de la proposition de loi déposée par la députée Elsa Faucillon le 4 février 2020.
  • la prise en charge par l’État d’une assistance psychologique pour les victimes et les parents de victimes de violences des forces de l’ordre, à partir d’une liste de praticiens choisis par les victimes.
  • la prise en charge complète par la Sécurité sociale et les mutuelles des soins et traitements médicaux nécessaires pour les blessures et mutilations occasionnées par les forces de l’ordre. La quasi-totalité des mutuelles refusent ces remboursements.
  • l’audition par le juge d’instruction de tous les témoins identifiés.
  • la mise à disposition aux parties civiles de tous les enregistrements audio et vidéo disponibles et leur restitution aux avocats des parties civiles.
  • l’encadrement et l’engagement plus stricts de la responsabilité des médecins intervenant lors des procédures policières.

ENFIN, pour la paix sociale, nous exigeons :

  • la radiation définitive des agents condamnés pour propos ou actes racistes.
  • la suspension immédiate des agents mis en cause pour homicide. Et leur radiation définitive après condamnation.

#JusticePourTous – #OnVeutLesVidéos – #PasDeJusticePasDePaix

Tribune collective signée par : Collectif Vies Volées, Ramata et Fatou Dieng et le comité Vérite et justice pour Lamine Dieng, comité Vérité et justice pour Gaye Camara, Yamina Djimli et le comité Vérité et justice pour Mehdi, collectif Dar Harraga, comité Justice et vérité pour Nicolas, Aurélie Garand et le collectif Justice pour Angelo, comité Justice pour Ibo, Awa Gueye et le collectif Justice et vérité pour Babacar Gueye, collectif Vérité et justice pour Hocine Bouras, collectif Selom Matisse, comité Justice pour Morad Touat, collectif Faty Koumba, Myriam Eckert et le collectif Contre Les Abus Policiers-Clap33, collectif Jaune Etc 33, collectif Justice pour Mehdi Bouhouta, comité Justice pour Liu Shaoyao, Justice pour Matisse, comité Justice et vérité pour Wissam El Yamni, comité Vérité et justice pour Mahamadou Marega, comité Vérité pour Curtis, Marie-Pierre, Marie-Noëlle, Martine et Lucie sœurs et cousine de Jérôme Laronze et l’association Justice et vérité pour Jérôme Laronze, Yamina Moulay du comité Vérité et justice pour Youcef Mahdi, Boubacar Dramé, Mélanie Ngoye-Gaham, Vanessa Langard, Antoine Boudinet et les Mutilés pour l’exemple, l’Assemblée des Blessés, Geneviève Legay, collectif Cases Rebelles, La Meute Photo, comité Vérité et justice 31, Collectif Œil, Les Réfractaires du 80 ,  [en cours…]

Le monde d’après ne se fera pas sans les peuples dits d’Outremer

Alors que se tiendra le 27 août 2020, le procès de militants anti-chlordécone en Martinique, des acteurs et collectifs de la société civile, appellent à une mobilisation le 23 août pour une « Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ».

Ils exhortent à « en finir avec l’arrogance et le déni de responsabilité » de l’État français.

Mediapart

Lettre ouverte à Claire Hédon, Défenseure des droits

15 propositions pour la désescalade, contre le déni des violences policières et contre le déni de justice. 

Nous, familles de victimes, blessé.e.s et collectifs de blessé.e.s, sommes particulièrement attentifs à vos déclarations. Aussi avons-nous été consternés par vos premiers mots sur les violences policières, le 24 juillet dernier, sur France-Inter : « D’abord, je n’aime pas beaucoup ce terme-là qui voudrait accuser l’ensemble de la police », avez-vous répondu à la question sur l’un des sujets prioritaires de l’actualité comme de l’institution dont vous avez la charge.

Madame la Défenseure, votre motif pour récuser le terme de violences policières est irrecevable et vos mots sont d’une très grande violence, c’est un mépris pour nos vies.

Apprenez que la vie de votre fils, de votre mari, de votre frère, de votre père ou de votre mère peut être arrachée pour rien par les mains de policiers ou de gendarmes. Imaginez les douleurs atroces et les supplications de votre proche avant de rendre son dernier souffle, ou quand sa chair éclate sous l’impact d’armes qui le mutilent à perpétuité. Regardez dans quel état nous retrouvons le corps supplicié de nos proches.

Comment et pourquoi refuser de nommer les violences policières pour ce qu’elles sont ? Cédric Chouviat a répété sept fois « J’étouffe », avant de succomber sous les coups de policiers sourds, puis menteurs. Pourquoi vous taire lorsqu’un ministre de l’Intérieur se livre volontairement à un jeux de mots abject pour nier la réalité de ces actes barbares et choisit de cumuler la bassesse, l’ignominie et l’outrage aux victimes et à leurs familles pour défendre son administration ?

Un sinistre record a été battu durant le confinement* : dix décès à la suite d’une intervention des forces de l’ordre pour le seul mois d’avril. Dont quatre dans une cellule de garde à vue. Comme Mohamed Gabsi, le 8 avril, mort d’asphyxie dans le commissariat de Béziers, alors qu’il était plaqué à terre et menotté. Victime des techniques d’immobilisation par étouffement, comme Lamine Dieng, Ali Ziri, Adama Traoré et Cédric Chouviat, parmi tant d’autres.

(* Selon les seuls recensements disponibles, réalisés par le magazine Bastamag et le site Désarmons-Les).

Ce ne sont pas des « bavures » ni des « dérapages », mais les conclusions inéluctables d’un système : celui de l’impunité croissante accordée aux policiers et aux gendarmes quand ils blessent, mutilent et tuent. Parallèlement, la concentration de personnes racisées parmi les morts et les victimes d’exactions diverses des forces de l’ordre traduit aussi l’enracinement d’un racisme structurel dans cette violence d’état, dite légitime.

Ce que la société française a toléré et excusé de longues décennies, tant que cela ne touchait « que » les habitants des quartiers populaires, noirs, arabes, roms, asiatiques, déborde aujourd’hui jusque dans les centres-villes et frappe les manifestant.e.s indistinctement. Les violences illégitimes commises par des policiers et des gendarmes sont désormais devenues banales, ordinaires, comme le démontrent les images abondamment documentées sur l’agressivité disproportionnée des forces de l’ordre ces dernières années et le bilan historique des blessé.e.s, des mutilé.e/s. et des mort.e.s. Ces violences qui n’existent pas mais que tout le monde voit sont l’expression d’une dérive systémique.

A la différence d’un homicide ou d’une agression « ordinaires », nous devons lutter en justice contre des agents protégés par leur fonction, notamment pour assurer la couverture de leurs frais judiciaires, pour lesquels nous-mêmes devons nous endetter. Nous luttons aussi contre des magistrats qui n’instruisent qu’à décharge à l’égard des fonctionnaires impliqués. Et les mis en cause sont maintenus en activité professionnelle, là où n’importe quel tueur ou auteur de coups barbares est mis en examen et aussitôt placé en détention. Nous nous trouvons à affronter non pas une « brebis galeuse » mais tout un appareil sécuritaire d’état qui multiplie les entraves à notre quête de vérité et de justice.

Les non-lieux qui closent systématiquement les plaintes intentées contre des membres des force de l’ordre nous adressent un double message. Le premier est que le meurtre d’un être humain par une personne dépositaire de l’autorité publique est un non-événement. C’est la routine policière. Le second enseignement est que cette impunité des forces de l’ordre autorise la répétition et la constance de tels actes.

L’impunité s’établit avec les mensonges coordonnés et l’écriture de faux par des fonctionnaires assermentés, c’est la première étape de la fabrique du non-lieu. Cette impunité se conforte par la multiplicité d’enregistrements vidéos devenus indisponibles, détériorés ou disparus : « On veut les vidéos ! » réclame la famille d’Ibrahima Bah depuis neuf mois. Une impunité prolongée aussi avec des témoins que des juges refusent d’entendre sous des prétextes administratifs, c’est la situation insensée qu’affronte la famille de Wissam El Yamni depuis huit ans. Et enfin, une impunité institutionnalisée par des lois sécuritaires toujours plus tolérantes et laxistes à l’égard des excès des forces de l’ordre. Comme celle du 28 février 2017, ultime loi du quinquennat Hollande – rédigée en urgence sous la pression des syndicats policiers pour défendre l’un des leurs jugé pour homicide – qui a élargi la légitime défense accordée aux membres des forces de l’ordre. Par l’extension du droit de tuer accordé aux agents, cette nouvelle législation permet désormais de justifier plus aisément le classement sans suite des homicides commis par des policiers, leur garantissant une impunité sans faille.

C’est contre cette défense dévoyée pour faire jurisprudence et légitimer le meurtre d’Angelo Garand, tué de cinq balles, le 30 mars 2017 à Blois, que sa famille se bat depuis trois ans. Comme les familles d’autres victimes tuées par arme à feu. Babacar Guèye abattu le 3 décembre 2015, à Rennes. Liu Shaoyao abattu sous les yeux de ses filles le 26 mars 2017, chez lui à Paris. Jérôme Laronze, abattu de trois balles le 20 mai 2017, à Sailly, pour une infraction administrative. Gaye Camara, abattu dans sa voiture à épinay, le 16 janvier 2018, malheureusement les vidéos publiques sont « brouillées ». Aboubacar Fofana abattu dans sa voiture à Nantes, le 3 juillet 2018. Accusé par le policier d’avoir voulu l’écraser, jusqu’à ce que des vidéos amateurs prouvent le mensonge complet du porteur de l’uniforme républicain. Romain Chenevat, un mois plus tard, le 14 août 2018, abattu dans sa voiture en plein Paris pour un feu défectueux. La liste complète est effroyable.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, la France a été condamnée à six reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme, dans les affaires Mohamed Boukrourou, Abdelkader Ghedir, Naguib Toubache, Ali Ziri, Foued Chebab et Joseph Castellani. Et dans l’affaire Lamine Dieng, au terme de treize ans de procédure, la France a désavoué sa propre justice en reconnaissant sa responsabilité devant la CEDH, en juin dernier. Ces affaires ont eu lieu avant le mandat de l’actuel président de la République, mais celui-ci n’en tire aucune leçon et, de plus, affirme éhontément un déni absolu des violences policières.

On découvre aujourd’hui que près de 17 000 membres des forces de l’ordre se livrent à des échanges ultra-racistes dans des groupes en ligne. On apprend que la compagnie de sécurité et d’intervention de Seine-Saint-Denis doit être dissoute tant sa hiérarchie est vérolée par des faits de violences, vols, falsifications de procès-verbaux et trafic de stupéfiants. Et que d’autres CSI de la région Île-de-France vont aussi être « réorganisées » au gré des enquêtes en cours. On lit aussi que le policier condamné en 2017 à cinq ans de prison, avec sursis, pour avoir tué un homme, n’a jamais été sanctionné en interne et vient d’être élu délégué syndical. Une insulte pour toutes les familles de victime, mais surtout une ignominie revendiquée à la face de la justice et de l’État de droit par le syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix.

Ne sont-elles pas représentatives de la police française ces organisations professionnelles qui défient ouvertement le pouvoir politique, menacent de ne plus se conformer aux ordres de leur ministre et soutiennent les manifestations sauvages pour le maintien des techniques d’étranglement ?

Un brigadier-chef révèle à la presse des pratiques racistes dégradantes et des vols perpétrés à l’encontre des prévenus, dans l’enceinte même du Palais de Justice de Paris. Mais cette dénonciation publique ne survient que parce que la hiérarchie préférait étouffer les alertes du policier. Nous sommes bien loin de méfaits individuels de quelques « brebis » défaillantes. « Lorsque l’on parle de brebis galeuses, j’ai envie de parler de troupeaux de brebis galeuses, parce que c’est une réalité », commente un commandant de police, quelques jours plus tard sur France Culture. Des troupeaux qui prolifèrent car les rares agents lanceurs d’alerte se voient plutôt menacés et sanctionnés que promus. On peine à discerner l’exemplarité exigée des membres des forces de l’ordre quand leur loyauté s’affirme inconditionnelle à l’égard de leur corporation et de leurs chefs mais s’oppose systématiquement à leur mission de défense des droits des citoyens, donc à la loi.

Voilà pourquoi, Madame la Défenseure des droits, le terme de violences policières systémiques est le plus juste pour caractériser ces pratiques, en France comme partout dans le monde. Car ce n’est pas tant contre les meurtriers de nos proches et contre les agents mutileurs que nous nous battons ; mais contre un ensemble de pratiques qui garantissent et accroissent l’impunité des policiers et gendarmes mis en cause. Des pratiques qui font système pour nous dénier le droit à la justice.

Il y a quinze ans, aux noms de Zyed et Bouna, les quartiers populaires se révoltaient contre le racisme et les violences policières. Depuis, nous constatons que ces brutalités des forces de l’ordre se sont systématisées dans tout le pays. Allant de pair avec la militarisation des équipements et l’usage d’armes comme de techniques toujours plus agressives, qui ne produisent que plus de tensions et de désordres. Ainsi que l’ont documenté la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International et l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture. Ces méthodes ont conduit à la disparition de Steve Maïa Caniço, le 21 juin 2019, à Nantes.

Jusqu’à quand les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire vont-il poursuivre cette escalade ? Le contre-exemple américain actuel n’est-il pas suffisamment explicite ? La criminalisation des manifestants et l’envoi de troupes surarmées ne font qu’exacerber ces violences : sont-ils la seule option ?

Voilà pourquoi nous revendiquons une autre voie pour notre société : celle de la désescalade, contre le déni des violences policières et contre le déni de justice, avec les quinze premières demandes suivantes.

POUR LA DÉSESCALADE, nous exigeons :

  • la mise en place d’un récépissé qui oblige les agents à justifier les contrôles d’identité qu’ils opèrent. La cour de Cassation a définitivement condamné l’État en 2016 pour les contrôles au faciès et pourtant ils perdurent.
  • la suppression du délit d’outrage et rébellion. Pour en finir avec les procédures abusives, le harcèlement quotidien, la mise sous tension de toute une ville comme à Argenteuil et le « business des outrages » pratiqué par certains policiers.
  • l’abrogation de l’article « Permis de tuer » L435-1 de la loi de sécurité intérieure du 28 février 2017.
  • l’interdiction des techniques d’immobilisation par étouffement : plaquage, pliage et clé d’étranglement.
  • l’interdiction des armes classées armes de guerre (LBD et grenades) et les pistolets électriques, par la police du quotidien comme lors des manifestations.
  • l’interdiction des courses-poursuites pour un délit mineur.
  • la suppression de l’usage massif des gaz et des nasses systématiques.
  • la mise en place de caméras dans les véhicules des forces de l’ordre et dans les cellules de garde à vue.

CONTRE LE DÉNI DE JUSTICE, nous exigeons :

  • la création d’un organe indépendant pour enquêter sur les plaintes pour violences commises par personne dépositaire de l’autorité publique.
  • le dépaysement systématique des affaires judiciaires traitant ces mêmes plaintes, sur le modèle de la proposition de loi déposée par la députée Elsa Faucillon le 4 février 2020.
  • l’audition de tous les témoins par le juge d’instruction et non pas uniquement ceux autorisés par l’IGPN.
  • la mise à disposition des parties civiles de tous les enregistrements audio et vidéo disponibles.
  • l’encadrement et l’engagement de la responsabilité des médecins intervenant lors des procédures policières.

ENFIN, nous exigeons :

  • la radiation définitive des agents condamnés pour propos ou actes racistes.
  • la suspension immédiate des agents mis en cause pour homicide. Et leur radiation définitive s’ils sont condamnés.

Parce que sans justice il ne peut y avoir de paix durable, nous vous prions, Madame la Défenseure des droits, d’écouter les voix des blessé.e.s et des familles de défunts.

Collectif Vies Volées, Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng, Comité Justice et Vérité pour Wissam, Association Paix et Justice pour Ibrahima Bah, Assemblée des Blessés, Collectif Vérité et Justice pour Hocine Bouras, Vérité pour Curtis, Collectif Justice et Vérité pour Nicolas, Aurélie Garand et le collectif Justice pour Angélo, Comité Vérité et Justice pour Gaye Camara, Yamina Djimli et le comité Vérité et Justice pour Mehdi, Salah Zaouiya et l’association Mémoire Jawad Zaouiya, Awa Guèye et le collectif Vérité et Justice pour Babacar Guèye, Geneviève Legay, Collectif Dar Harraga, Collectif Selom et Matisse, Justice pour Matisse, Boubacar Dramé, Makan Kébé, Vérité et Justice pour Morad, Les Mutilés pour l’exemple, Collectif Justice pour Mohamed, Famille de Mahamadou Marega, Comité Justice pour Cédric Chouviat, Justice pour Shaoyao Liu, Collectif contre Les Abus Policiers 33 (C.L.A.P.33), Myriam Eckert, Ramata Dieng.

#LaissezNousRespirer

(La liste des signatures est ouverte à toute victime de violences policières, individuelle ou collective.)

Mediapart

Citation de Maurice Rajsfus

« Concernant le traitement judiciaire des « bavures », le policier n’est pas un justiciable comme les autres, il est assermenté et sera toujours moins condamné.
Dans la police on a le sentiment que les policiers sont très souvent les victimes. Mais les policiers sont armés. Il y’a très peu de policiers tués dans l’exercice de leur fonction. Leur nombre n’a rien à voir avec celui des personnes qui meurent du fait des interventions policières.

Pour la police, il n’y a pas de victimes. Rien que des suspects coupables d’incivisme ou de rébellion.
Face à la police, on ne trouve que des “individus” troublant l’ordre public, et qu’il convient de remettre à la raison.
Le policier ne peut avoir tort : il représente la loi. Lui répondre peut justifier un
passage à tabac, lui résister risque de correspondre à un arrêt de mort.
Le policier ignore que la peine de mort a été abolie en octobre 1981. »

Le travail de rassemblements des différents crimes d’État met en évidence une mécanique qui se situe en trois temps :
1. Il y a le flic qui tue, le plus souvent un maghrébin ou un noir, le plus souvent jeune, et le plus souvent habitant d’un quartier populaire ;
2. il y a les médias qui portent la version policière et des représentant(e)s de
l’Etat, où la victime devient le /la coupable : « la police a fait son travail… » ;
3. il y a la justice qui prononce un non-lieu ou fait traîner l’affaire, pour
finalement, le plus souvent innocenter l’assassin.

N’oubliez pas, la police assassine et elle est couverte par la justice.