Journée internationale contre les Violences policières

MARCHE DES FAMILLES CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES ANNULÉE

SAMEDI 14 MARS 2020 à PARIS
Rdv à 13h place de l’Opéra

 » À l’occasion de la marche traditionnelle, depuis 2011, des familles victimes de violences policières pour la Journée internationale de lutte contre les violences policières.

Nous exigeons l’interdiction des techniques mortelles d’immobilisation et des armes de guerre en maintien de l’ordre. Le texte complet de la pétition « Laissez-nous respirer ! » est à signer et partager  ici :  change.org/LaissezNousRespirer « 


Cette initiative est lancée par le Collectif Vies Volées (Paris, 20e), le Comité Adama (Beaumont-sur-Oise, 95, et Ivry, 94), la famille Dieng et le comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng (Paris, 20e), la famille d’Abou Bakari Tandia (Courbevoie, 92), la famille de Tina Sebaa (Saint-Fons, 69), la famille de Baba Traoré (Joinville-le-Pont, 94), la famille d’Abdelhakim Ajimi (Grasse, 06), la famille de Mahamadou Marega (Colombes, 92), la famille de Mahamadou Marega (Ivry, 94), la famille de Youcef Mahdi (Melun, 77), la famille d’Angelo Garand et le collectif Justice pour Angelo (Blois, 41), Awa Gueye et le collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye (Rennes, 35), le comité Justice et Vérité pour Wissam El Yamni (Clermont-Ferrand, 63), le comité Vérité et Justice pour Gaye Camara (Champs-sur-Marne, 77), le collectif Selom et Matisse (Lille, 59), le comité Justice pour Ibrahima Bah (Villiers-le-Bel, 95), le comité Vérité pour Curtis (Massy, 91), le comité Vérité et Justice pour Morad Touat (Marseille, 13), le comité Justice pour Liu Shaoyao (Paris, 19e), le comité Vérité et Justice pour Ali Ziri (Argenteuil, 95), Haby Koumé sœur d’Amadou Koumé (Saint-Quentin, 02), les parents et la sœur de Rémi Fraisse, le collectif Vérité et Justice pour Mehdi (Vaux-en-Velin, 69), Florica Floarea et le comité Vérité et Justice pour Dorel (Vigneux-sur-Seine, 91), Salah Zaouiya et l’association Mémoire Jawad Zaouiya (Mantes-la-Jolie, 78), Justice pour Mehdi Bouhouta (Vaux-en-Velin, 69), la famille Touré et le comité Vérité et Justice pour Zakaria (Troyes, 10), Siaka Traoré, frère de Bouna (Clichy-sous-Bois, 93), Geneviève Legay (Nice, 06), Franck Lambin, père d’Allan (Saint-Hilaire-des-Landes, 35), le comité Vérité et Justice 31, Fatiha, mère d’Hocine, et le comité Vérité et Justice pour Hocine Bouras (Colmar, 68), Milfet, fille de Zineb Redouane, la famille de Cédric Chouviat (Levallois-Perret, 92), Marie-Paule Chenevat, en hommage à Romain (91), Karen Levy, femme de Philippe Ferrières (Drancy, 93), l’Assemblée des Blessés et les Mutilés pour l’exemple.

Communiqué 13e commémoration annuelle

#VISTOIREPourLamine

Il y a treize ans, le 17 juin 2007, notre fils, frère et oncle Lamine Dieng a été massacré par plusieurs policiers.

Plaqué au sol face contre terre, chevilles et poignets menottés ensemble dans le dos, traîné sur le bitume puis maintenu à plat ventre dans un fourgon de police, le poids de quatre agents sur lui. Lamine est mort asphyxié, le corps marqué de 30 hématomes. Son calvaire a duré une demi-heure.
Lamine avait 25 ans.

Depuis treize ans, notre famille se bat pour obtenir la vérité, la justice et la paix pour Lamine.
D’interminables années de procédures face à une machine judiciaire qui persistait à considérer ce crime comme un non-lieu. D’année en année, des magistrats nous ont dit que la mort d’un jeune homme noir sous les coups des policiers est un non-événement.
Depuis treize ans la justice française répète à notre famille que ces décès sont une chose ordinaire et normale pour les forces de l’ordre en France.
Nous avons vécu treize années de combat contre le déni de justice, face à une institution qui nous a systématiquement refusé un procès pour les responsables de la mort de notre fils, frère et oncle.

Mais le 4 juin dernier, l’arrêt rendu par la Cour européenne des Droits de l’Homme a entériné la culpabilité de l’Etat français, qui reconnaît sa responsabilité dans ce crime policier qui a tué Lamine. C’est une victoire !

Et pourtant, comme tout le monde l’a vu et entendu hier soir, alors qu’un mouvement international massif, historique, fait descendre les foules dans la rue contre le racisme policier et contre les violences impunies des forces de l’ordre, le président Macron n’a pas eu un seul mot pour les victimes insultées, humiliées, tabassées, blessées, mutilées ou tuées ces derniers mois.

Durant le seul mois d’avril dernier, dix hommes sont morts suite à une intervention policière. Dont quatre durant leur garde-à-vue au commissariat. Mais le président du comité de sauvegarde des statues d’esclavagistes n’a pas eu un mot ni une pensée pour ces victimes humaines.

Le chef de l’État a préféré insulter et dénigrer les dizaines de milliers de Français qui se rassemblent dans tout le pays pour manifester contre le racisme et réclamer la vérité et la justice, en les considérant ouvertement comme des ennemis intérieurs menaçant la République. Plutôt que de nous entendre, le « gardien de la constitution » a préféré reprendre le langage de l’extrême droite et nous coller une cible sur le dos pour nous désigner aux forces de l’ordre.

Comme chaque année depuis 2007 nous vous invitons donc à nous rejoindre pour célébrer la mémoire de Lamine.
Mais cette année est particulière !
En raison de notre victoire à la Cour européenne, en raison du confinement et de la multiplication des abus policiers et bien sûr en raison du mouvement international de solidarité contre le racisme policier et de la surdité du pouvoir, nous vous attendons massivement contre l’impunité des violences des forces de l’ordre et pour soutenir et faire entendre les voix des familles de victimes, des blessé.e.s et des mutilé.e.s

Ce samedi 20 juin, rejoignez partout en France les familles présentes dans les événements organisés. Chacun avec son masque et dans le respect des gestes de protection.
À Paris, rendez-vous place de la République, à 13h12, pour la marche #LaissezNousRespirer ! autour du quartier de Ménilmontant où habite notre famille.

Nous ne nous laisserons pas intimider par un président dont la seule réponse est de se cacher derrière ses policiers pour appliquer des politiques toujours plus brutales rejetées par la majorité de la population.
Pour garantir l’État de droit, nous exigeons :
• l’abrogation de l’article « permis de tuer » L435-1, de la loi de sécurité de 2017
• l’interdiction des techniques d’étouffement
• l’interdiction des armes de guerre (LBD, grenades) et des pistolets électriques sur la voie publique
• la suppression de l’IGPN et la création d’une institution indépendante pour enquêter sur les plaintes déposées contre les forces de l’ordre
• la radiation définitive de tout membre des forces de l’ordre ayant commis des actes ou tenu des propos racistes.

Comme on dit chez nous : #PasDeJusticePasDePaix

#JusticePourTous #LaissezNousRespirer #LaissezNousPasser

13e commémoration annuelle pour Lamine Dieng

RECONNAISSANCE DU CRIME par la CEDH après 13 ans de lutte

Mains menottées, pieds sanglés, à plat ventre, le poids de plusieurs policiers agenouillés sur le corps pendant 30 minutes, Lamine est mort écrasé par environ 300 kg le 17 juin 2007. Lamine a subi 2 techniques policières d’ÉTOUFFEMENT : la CLÉ D’ÉTRANGLEMENT avec matraque et le PLAQUAGE VENTRAL. Lamine est mort par ASPHYXIE MÉCANIQUE, à 25 ans.

La vidéo montrant la mort de George Floyd illustre parfaitement la mise à mort de Lamine. Lamine a été victime de la HAINE ANTI-NOIR et du RACISME qui sévit dans la POLICE.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a rendu son arrêt sur le meurtre de Lamine, conformément à la Convention européenne des droits de l’homme.
OUI, Lamine avait droit à la vie. (art. 2)
OUI, Lamine a subi un traitement inhumain et dégradant. (art. 3)
L’État républicain français, pour clore les poursuites à son encontre, a accepté de verser à la famille la légitime indemnisation fixée par la CEDH. Par cet acte, il RECONNAIT (1) que plusieurs de ses agents ont infligé en groupe la mort à un homme non-armé qui ne les menaçait pas, (2) que plusieurs de ses agents ont failli à leur devoir qui était de conduire un PROCÈS ÉQUITABLE pour rendre JUSTICE.
OUI, Lamine a été massacré par la police et déshumanisé par la justice.

Nous avons franchi une étape.
Poursuivons le combat pour le triomphe de la Vérité et de la Justice !

#LAISSEZ-NOUS RESPIRER ! #STOP RACISME ANTI-NOIR !
#STOP AUX CRIMES POLICIERS !
#STOP À L’IMPUNITÉ !

SANS JUSTICE, PAS DE PAIX – PAS DE PAIX SANS JUSTICE

Commémoration Lamine DIENG
samedi 20 juin 2020 à 13:12
rdv Place de la République (Paris)

#laisseznousrespirer : http://change.org/LaissezNousRespirer
(Fb) Collectif Vies Volées
Infos :  https://www.facebook.com/events/578229963107263/

Strasbourg : Un policier condamné à dix-huit mois de prison

  • Un gardien de la paix de 47 ans a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis ce mardi par le tribunal correctionnel de Strasbourg. Il a été reconnu coupable d’avoir frappé, à l’aide d’une matraque, une « gilet jaune » lors d’une manifestation de janvier 2019.
  • Le tribunal est allé plus loin que les réquisitions du procureur, qui avait demandé douze mois de prison avec sursis.
  • Le gardien de la paix, qui n’a pas indiqué s’il ferait appel de cette condamnation, risque maintenant la radiation de la police.

La meilleure des polices

“La meilleure des polices ne porte pas l’uniforme” – La Rumeur

Alors que les forces de l’ordre et leurs actions sont finalement sous le feu médiatique, il semble nécessaire de rappeler l’évidence : ce n’est pas l’action de la police qui devient subitement plus catastrophique, mais l’ordre catastrophique du monde qui a de plus en plus recours à la police.

LA MEILLEURE DES POLICES

Lettre ouverte à Claire Hédon, Défenseure des droits

15 propositions pour la désescalade, contre le déni des violences policières et contre le déni de justice. 

Nous, familles de victimes, blessé.e.s et collectifs de blessé.e.s, sommes particulièrement attentifs à vos déclarations. Aussi avons-nous été consternés par vos premiers mots sur les violences policières, le 24 juillet dernier, sur France-Inter : « D’abord, je n’aime pas beaucoup ce terme-là qui voudrait accuser l’ensemble de la police », avez-vous répondu à la question sur l’un des sujets prioritaires de l’actualité comme de l’institution dont vous avez la charge.

Madame la Défenseure, votre motif pour récuser le terme de violences policières est irrecevable et vos mots sont d’une très grande violence, c’est un mépris pour nos vies.

Apprenez que la vie de votre fils, de votre mari, de votre frère, de votre père ou de votre mère peut être arrachée pour rien par les mains de policiers ou de gendarmes. Imaginez les douleurs atroces et les supplications de votre proche avant de rendre son dernier souffle, ou quand sa chair éclate sous l’impact d’armes qui le mutilent à perpétuité. Regardez dans quel état nous retrouvons le corps supplicié de nos proches.

Comment et pourquoi refuser de nommer les violences policières pour ce qu’elles sont ? Cédric Chouviat a répété sept fois « J’étouffe », avant de succomber sous les coups de policiers sourds, puis menteurs. Pourquoi vous taire lorsqu’un ministre de l’Intérieur se livre volontairement à un jeux de mots abject pour nier la réalité de ces actes barbares et choisit de cumuler la bassesse, l’ignominie et l’outrage aux victimes et à leurs familles pour défendre son administration ?

Un sinistre record a été battu durant le confinement* : dix décès à la suite d’une intervention des forces de l’ordre pour le seul mois d’avril. Dont quatre dans une cellule de garde à vue. Comme Mohamed Gabsi, le 8 avril, mort d’asphyxie dans le commissariat de Béziers, alors qu’il était plaqué à terre et menotté. Victime des techniques d’immobilisation par étouffement, comme Lamine Dieng, Ali Ziri, Adama Traoré et Cédric Chouviat, parmi tant d’autres.

(* Selon les seuls recensements disponibles, réalisés par le magazine Bastamag et le site Désarmons-Les).

Ce ne sont pas des « bavures » ni des « dérapages », mais les conclusions inéluctables d’un système : celui de l’impunité croissante accordée aux policiers et aux gendarmes quand ils blessent, mutilent et tuent. Parallèlement, la concentration de personnes racisées parmi les morts et les victimes d’exactions diverses des forces de l’ordre traduit aussi l’enracinement d’un racisme structurel dans cette violence d’état, dite légitime.

Ce que la société française a toléré et excusé de longues décennies, tant que cela ne touchait « que » les habitants des quartiers populaires, noirs, arabes, roms, asiatiques, déborde aujourd’hui jusque dans les centres-villes et frappe les manifestant.e.s indistinctement. Les violences illégitimes commises par des policiers et des gendarmes sont désormais devenues banales, ordinaires, comme le démontrent les images abondamment documentées sur l’agressivité disproportionnée des forces de l’ordre ces dernières années et le bilan historique des blessé.e.s, des mutilé.e/s. et des mort.e.s. Ces violences qui n’existent pas mais que tout le monde voit sont l’expression d’une dérive systémique.

A la différence d’un homicide ou d’une agression « ordinaires », nous devons lutter en justice contre des agents protégés par leur fonction, notamment pour assurer la couverture de leurs frais judiciaires, pour lesquels nous-mêmes devons nous endetter. Nous luttons aussi contre des magistrats qui n’instruisent qu’à décharge à l’égard des fonctionnaires impliqués. Et les mis en cause sont maintenus en activité professionnelle, là où n’importe quel tueur ou auteur de coups barbares est mis en examen et aussitôt placé en détention. Nous nous trouvons à affronter non pas une « brebis galeuse » mais tout un appareil sécuritaire d’état qui multiplie les entraves à notre quête de vérité et de justice.

Les non-lieux qui closent systématiquement les plaintes intentées contre des membres des force de l’ordre nous adressent un double message. Le premier est que le meurtre d’un être humain par une personne dépositaire de l’autorité publique est un non-événement. C’est la routine policière. Le second enseignement est que cette impunité des forces de l’ordre autorise la répétition et la constance de tels actes.

L’impunité s’établit avec les mensonges coordonnés et l’écriture de faux par des fonctionnaires assermentés, c’est la première étape de la fabrique du non-lieu. Cette impunité se conforte par la multiplicité d’enregistrements vidéos devenus indisponibles, détériorés ou disparus : « On veut les vidéos ! » réclame la famille d’Ibrahima Bah depuis neuf mois. Une impunité prolongée aussi avec des témoins que des juges refusent d’entendre sous des prétextes administratifs, c’est la situation insensée qu’affronte la famille de Wissam El Yamni depuis huit ans. Et enfin, une impunité institutionnalisée par des lois sécuritaires toujours plus tolérantes et laxistes à l’égard des excès des forces de l’ordre. Comme celle du 28 février 2017, ultime loi du quinquennat Hollande – rédigée en urgence sous la pression des syndicats policiers pour défendre l’un des leurs jugé pour homicide – qui a élargi la légitime défense accordée aux membres des forces de l’ordre. Par l’extension du droit de tuer accordé aux agents, cette nouvelle législation permet désormais de justifier plus aisément le classement sans suite des homicides commis par des policiers, leur garantissant une impunité sans faille.

C’est contre cette défense dévoyée pour faire jurisprudence et légitimer le meurtre d’Angelo Garand, tué de cinq balles, le 30 mars 2017 à Blois, que sa famille se bat depuis trois ans. Comme les familles d’autres victimes tuées par arme à feu. Babacar Guèye abattu le 3 décembre 2015, à Rennes. Liu Shaoyao abattu sous les yeux de ses filles le 26 mars 2017, chez lui à Paris. Jérôme Laronze, abattu de trois balles le 20 mai 2017, à Sailly, pour une infraction administrative. Gaye Camara, abattu dans sa voiture à épinay, le 16 janvier 2018, malheureusement les vidéos publiques sont « brouillées ». Aboubacar Fofana abattu dans sa voiture à Nantes, le 3 juillet 2018. Accusé par le policier d’avoir voulu l’écraser, jusqu’à ce que des vidéos amateurs prouvent le mensonge complet du porteur de l’uniforme républicain. Romain Chenevat, un mois plus tard, le 14 août 2018, abattu dans sa voiture en plein Paris pour un feu défectueux. La liste complète est effroyable.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, la France a été condamnée à six reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme, dans les affaires Mohamed Boukrourou, Abdelkader Ghedir, Naguib Toubache, Ali Ziri, Foued Chebab et Joseph Castellani. Et dans l’affaire Lamine Dieng, au terme de treize ans de procédure, la France a désavoué sa propre justice en reconnaissant sa responsabilité devant la CEDH, en juin dernier. Ces affaires ont eu lieu avant le mandat de l’actuel président de la République, mais celui-ci n’en tire aucune leçon et, de plus, affirme éhontément un déni absolu des violences policières.

On découvre aujourd’hui que près de 17 000 membres des forces de l’ordre se livrent à des échanges ultra-racistes dans des groupes en ligne. On apprend que la compagnie de sécurité et d’intervention de Seine-Saint-Denis doit être dissoute tant sa hiérarchie est vérolée par des faits de violences, vols, falsifications de procès-verbaux et trafic de stupéfiants. Et que d’autres CSI de la région Île-de-France vont aussi être « réorganisées » au gré des enquêtes en cours. On lit aussi que le policier condamné en 2017 à cinq ans de prison, avec sursis, pour avoir tué un homme, n’a jamais été sanctionné en interne et vient d’être élu délégué syndical. Une insulte pour toutes les familles de victime, mais surtout une ignominie revendiquée à la face de la justice et de l’État de droit par le syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix.

Ne sont-elles pas représentatives de la police française ces organisations professionnelles qui défient ouvertement le pouvoir politique, menacent de ne plus se conformer aux ordres de leur ministre et soutiennent les manifestations sauvages pour le maintien des techniques d’étranglement ?

Un brigadier-chef révèle à la presse des pratiques racistes dégradantes et des vols perpétrés à l’encontre des prévenus, dans l’enceinte même du Palais de Justice de Paris. Mais cette dénonciation publique ne survient que parce que la hiérarchie préférait étouffer les alertes du policier. Nous sommes bien loin de méfaits individuels de quelques « brebis » défaillantes. « Lorsque l’on parle de brebis galeuses, j’ai envie de parler de troupeaux de brebis galeuses, parce que c’est une réalité », commente un commandant de police, quelques jours plus tard sur France Culture. Des troupeaux qui prolifèrent car les rares agents lanceurs d’alerte se voient plutôt menacés et sanctionnés que promus. On peine à discerner l’exemplarité exigée des membres des forces de l’ordre quand leur loyauté s’affirme inconditionnelle à l’égard de leur corporation et de leurs chefs mais s’oppose systématiquement à leur mission de défense des droits des citoyens, donc à la loi.

Voilà pourquoi, Madame la Défenseure des droits, le terme de violences policières systémiques est le plus juste pour caractériser ces pratiques, en France comme partout dans le monde. Car ce n’est pas tant contre les meurtriers de nos proches et contre les agents mutileurs que nous nous battons ; mais contre un ensemble de pratiques qui garantissent et accroissent l’impunité des policiers et gendarmes mis en cause. Des pratiques qui font système pour nous dénier le droit à la justice.

Il y a quinze ans, aux noms de Zyed et Bouna, les quartiers populaires se révoltaient contre le racisme et les violences policières. Depuis, nous constatons que ces brutalités des forces de l’ordre se sont systématisées dans tout le pays. Allant de pair avec la militarisation des équipements et l’usage d’armes comme de techniques toujours plus agressives, qui ne produisent que plus de tensions et de désordres. Ainsi que l’ont documenté la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International et l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture. Ces méthodes ont conduit à la disparition de Steve Maïa Caniço, le 21 juin 2019, à Nantes.

Jusqu’à quand les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire vont-il poursuivre cette escalade ? Le contre-exemple américain actuel n’est-il pas suffisamment explicite ? La criminalisation des manifestants et l’envoi de troupes surarmées ne font qu’exacerber ces violences : sont-ils la seule option ?

Voilà pourquoi nous revendiquons une autre voie pour notre société : celle de la désescalade, contre le déni des violences policières et contre le déni de justice, avec les quinze premières demandes suivantes.

POUR LA DÉSESCALADE, nous exigeons :

  • la mise en place d’un récépissé qui oblige les agents à justifier les contrôles d’identité qu’ils opèrent. La cour de Cassation a définitivement condamné l’État en 2016 pour les contrôles au faciès et pourtant ils perdurent.
  • la suppression du délit d’outrage et rébellion. Pour en finir avec les procédures abusives, le harcèlement quotidien, la mise sous tension de toute une ville comme à Argenteuil et le « business des outrages » pratiqué par certains policiers.
  • l’abrogation de l’article « Permis de tuer » L435-1 de la loi de sécurité intérieure du 28 février 2017.
  • l’interdiction des techniques d’immobilisation par étouffement : plaquage, pliage et clé d’étranglement.
  • l’interdiction des armes classées armes de guerre (LBD et grenades) et les pistolets électriques, par la police du quotidien comme lors des manifestations.
  • l’interdiction des courses-poursuites pour un délit mineur.
  • la suppression de l’usage massif des gaz et des nasses systématiques.
  • la mise en place de caméras dans les véhicules des forces de l’ordre et dans les cellules de garde à vue.

CONTRE LE DÉNI DE JUSTICE, nous exigeons :

  • la création d’un organe indépendant pour enquêter sur les plaintes pour violences commises par personne dépositaire de l’autorité publique.
  • le dépaysement systématique des affaires judiciaires traitant ces mêmes plaintes, sur le modèle de la proposition de loi déposée par la députée Elsa Faucillon le 4 février 2020.
  • l’audition de tous les témoins par le juge d’instruction et non pas uniquement ceux autorisés par l’IGPN.
  • la mise à disposition des parties civiles de tous les enregistrements audio et vidéo disponibles.
  • l’encadrement et l’engagement de la responsabilité des médecins intervenant lors des procédures policières.

ENFIN, nous exigeons :

  • la radiation définitive des agents condamnés pour propos ou actes racistes.
  • la suspension immédiate des agents mis en cause pour homicide. Et leur radiation définitive s’ils sont condamnés.

Parce que sans justice il ne peut y avoir de paix durable, nous vous prions, Madame la Défenseure des droits, d’écouter les voix des blessé.e.s et des familles de défunts.

Collectif Vies Volées, Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng, Comité Justice et Vérité pour Wissam, Association Paix et Justice pour Ibrahima Bah, Assemblée des Blessés, Collectif Vérité et Justice pour Hocine Bouras, Vérité pour Curtis, Collectif Justice et Vérité pour Nicolas, Aurélie Garand et le collectif Justice pour Angélo, Comité Vérité et Justice pour Gaye Camara, Yamina Djimli et le comité Vérité et Justice pour Mehdi, Salah Zaouiya et l’association Mémoire Jawad Zaouiya, Awa Guèye et le collectif Vérité et Justice pour Babacar Guèye, Geneviève Legay, Collectif Dar Harraga, Collectif Selom et Matisse, Justice pour Matisse, Boubacar Dramé, Makan Kébé, Vérité et Justice pour Morad, Les Mutilés pour l’exemple, Collectif Justice pour Mohamed, Famille de Mahamadou Marega, Comité Justice pour Cédric Chouviat.

#LaissezNousRespirer

(La liste des signatures est ouverte à toute victime de violences policières, individuelle ou collective.)

Mediapart